Mathieu Molimard bio photo

Mathieu Molimard

Fondateur de Zol

Le travail en remote, le point de vue du patron

Par Mathieu Molimard, le 17/07/2015

J’entends de plus en plus parler de travail en remote, c’est dans l’air du temps… Pendant très longtemps, cela n’était clairement pas envisageable pour une structure comme ZOL, tout simplement parce que nos outils de travail ne le permettaient pas :

  • des PCs fixes
  • des connexions Internet perso pourries
  • des serveurs inaccessibles depuis l’extérieur

Mais ça, c’était avant !

Aujourd’hui, les choses sont bien différentes :

  • on bosse sur Google Drive pour partager nos fichiers
  • sur BitBucket pour nos sources
  • les ordinateurs portables sont suffisamment puissants pour faire tourner les environnements de développemenent
  • les connexions Internet permettent d’utiliser Skype en vocal (bon la vidéo, depuis Besançon c’est pas encore tout à fait ça)

Du coup, aujourd’hui, le remote c’est possible ! Mais est-ce profitable pour l’entreprise ?

Il a été le premier

Mathieu est le premier vrai salarié “remote”, même si, depuis quelques temps, ZOL propose à ses salariés le télétravail de manière occasionnelle. Attendre une livraison, garder un enfant parce que la créche est fermée, attendre le plombier qui vient réparer une fuite,… c’est je trouve une souplesse très appréciable à proposer aux salariés.

Mais le télétravail régulier, c’est quand même une autre histoire. On me l’a proposé plusieurs fois lors d’entretien d’embauche, j’ai toujours refusé.

Mais quand Mathieu est venu me voir en m’expliquant qu’il ne voulait plus vivre à Lyon, la problématique était assez simple, soit je perdais mon salarié, soit on testait le remote pour de vrai… C’est ce qu’on a fait.

Pourquoi lui ?

A l’origine, Mathieu est venu chez ZOL en tant que salarié à temps complet et cela a très bien fonctionné comme ça. On a bossé sur plusieurs projets avant qu’il m’annonce qu’il ne se voyait pas rester vivre à Lyon, et que son Besançon lui manquait trop. Mais pendant le peu de temps (oui il est parti vite) qu’on a pu passer ensemble physiquement, j’ai pu me rendre compte de trois choses essentielles à son sujet :

  • La première, je pouvais lui faire confiance et je sais que ce n’est pas parce que je l’ai pas sous les yeux qu’il ne travaillera pas, bien au contraire. Au delà de ça, je sais que travailler dans son salon, ça ne lui pose pas de problème. Il est mieux chez lui dans sa ville qu’à Lyon avec nous et il fait son job parfaitement, rien à redire la dessus.
  • Mathieu est aussi un développeur autonome. Il n’a pas besoin d’un lead qui viendrait l’épauler toutes les 5 minutes pour l’aider à résoudre telles ou telles problématiques techniques. C’est un solitaire, je ne pense pas que l’absence de ses collègues ne lui pèse trop… Enfin je ne sais pas, je le laisserai répondre sur ce point.
  • Le dernier point, essentiel lui aussi. Il a conscience de “l’arrangement”, il sait que tout le monde devra faire des efforts pour que ca fonctionne. Cela implique pas mal d’effort de mon côté, je vais y venir. Mais pour lui, ça implique de devoir se lever tôt parfois pour venir rencontrer un client, juste pour une réunion. Ou faire l’effort de passer quelques jours par semaine à Lyon pour travailler chez un client le temps qu’on lui trouve une affectation plus compatible avec le travail remote.

Heureusement, Mathieu avait tout ça et hormis sa connexion pourrie, il avait tout pour que j’accepte.

Après quelques semaines…

La première chose que j’ai remarqué, c’est qu’il nous a manqué. On a tous l’habitude de jouer ensemble après notre journée de travail, boire un verre ou juste papoter. Aujourd’hui, évidemment, on ne le fait plus avec Mathieu et même si on le voit régulièrement (toutes les semaines) il n’est quand même plus au bureau avec nous.

La seconde, plus complexe, a été de trouver une nouvelle mission compatible avec son mode de travail. Pas si simple. ZOL propose à ses clients du scrum depuis nos locaux ou de la délégation chez le client. Et trouver des clients à Besançon c’est pas si simple. Trouver des clients qui acceptent que le développeur travaille de chez lui… Pas simple non plus.

Je vous rassure c’est pas impossible, on a trouvé une première mission chez d’anciens collègues de ZOL qui ont accepté un mode de fonctionnement alterné : 3 jours remote pour 2 jours sur site. Maintenant, il est sur une nouvelle mission scrum. Les seuls déplacements que j’impose à Mathieu sont les meetings avec le client. Le reste, on fait en remote. Je n’ai évidemment pas caché les conditions de travail de Mathieu au client. Mais force est de constater que c’est un frein à la vente. Le scrum n’est déjà pas facile en comparaison au forfait mais le travail en remote ne l’est pas non plus.

J’ai aussi réalisé que travailler en remote, c’est avant tout travailler seul, et si cela convient à Mathieu, cela ne convient pas forcément à tout le monde. La plupart des développeurs souhaitent travailler à plusieurs sur les projets, c’est la base même de Scrum. Et j’essaie de faire en sorte que ce soit possible. Clairement le remote ne va pas dans ce sens, parce qu’il complique les échanges entre collègues, alors que la méthodologie scrum c’est avant tout améliorer les échanges dans l’équipe (et avec le client).

Le mot de la fin

Maintenant je peux le dire, le télétravail n’est pas et ne sera jamais la norme chez ZOL. Ce qui m’a plu dans le fait de monter une boîte c’est avant tout l’équipe. Alors évidemment le télétravail, on ne va pas se raconter d’histoire, ça complique un peu… Ca complique même beaucoup… Entre se tourner vers son collégue pour lui demander comment il a fait pour telle ou telle chose, ou mettre son casque et faire un appel Skype, il n’y a juste pas photo !!!

Et concernant la remarque de mon collégue de gauche (Yannick) qui vient de me dire que Mathieu chez lui… ça économise un bureau… je ne répondrai même pas !